DE PLUS en plus d'immigrants montréalais issus des minorités visibles arrivent à échapper aux pièges du chômage et du sous-emploi en créant purement et simplement leur propre emploi. Samba Seck, Montréalais d'origine malienne, peut se targuer aujourd'hui de figurer parmi le cercle restreint et privilégié de ces "spécialistes" de l'auto-emploi. Et dans un domaine où on ne chôme presque jamais: celui du transport de courrier et de colis.
Samba Express- c'est le nom qu'il a donné à son entreprise- a vu le jour il y a bientôt quatre ans. Cette PME gère un champ d'activités assez étendu. De la simple messagerie au transport d'objets divers (vêtements, ordinateurs, marchandises, conteneurs, équipements médicaux, animaux...), la jeune entreprise s'est donné une vocation générale de transporteur. Son champ d'action s'étend non seulement au Canada, mais aussi au niveau international. Une affaire bien ambitieuse pour un jeune immigrant qui a dû retrousser ses manches pour se sortir la tête de l'eau.
Le calice jusqu'à la lie
Parachuté à Montréal en 1994, après un bref séjour parisien couronné d'un diplôme de l'Institut supérieur de gestion en informatique, Samba a bu ici le calice jusqu'à la lie. Il a d'abord tenté sa chance à l'Université de Montréal, où il s'est inscrit au certificat en arts et sciences. Il abandonnera, faute de moyens, après seulement une session.
Pour lui commence alors le difficile travail dans les manufactures, afin de survivre.
"J'ai fait toutes sortes de petits boulots, raconte-t-il. Aussi bien à Montréal qu'en dehors, pour le salaire minimum qui était à l'époque de 5,85 $ l'heure. Je me levais à 5 h pour me rendre à des endroits comme Boucherville dont le trajet me prenait deux heures. J'ai aussi travaillé dans les champs où on gagnait 50 $ pour 12 heures de travail. Bref, j'ai fait toutes sortes de boulots ingrats..."
Pour finalement échouer en 1998 dans une compagnie de transport montréalaise. C'est là qu'il apprendra les rudiments de ce métier pour lequel il se lancera éventuellement à son propre compte.
Parce qu'il débute au bas de l'échelle, Samba Seck fait tout ce qu'on lui demande de faire. "Je venais m'asseoir et attendre les instructions au cas où on me confierait une tâche. Des fois, on me chargeait seulement de balayer les locaux..."
Très vite, cependant, il passe au statut de livreur de courrier et de colis. Une relation de confiance s'installe avec son supérieur hiérarchique, qui lui enseigne toutes les ficelles du métier. Et c'est ainsi qu'un an après, parallèlement à son emploi officiel, il lance sa propre compagnie.
Des colis jusqu'au Mali
Aujourd'hui, Samba Seck sillonne la région avec son Pontiac Montana et son téléphone cellulaire. Son domicile lui sert de siège social et c'est sa femme qui s'occupe des travaux de secrétariat. Il prospecte lui-même auprès des particuliers et des sociétés pour grossir son marché. Samba sous-traite avec des grosses compagnies comme British Airways, Maxair ou Marleau Courrier. Pour l'instant, le jeune entrepreneur recrute surtout sa clientèle auprès de la masse de communautés immigrantes qui vivent à Montréal. Parce que, dira-t-il, "j'ai parfois l'impression que les Québécois pure laine se méfient un peu de nous. Mais surtout parce que ce sont les immigrants qui ont souvent besoin d'envoyer des choses à leurs pays d'origine." Ce qui, dit-il, ne l'a pas empêché de voir ses affaires prospérer d'année en année.
À 37 ans, marié et père d'un petit garçon de 15 mois, il s'achemine vers une carrière très prometteuse et ne cache pas ses ambitions: "En février je compte me lancer dans la livraison en une heure et les déménagements rapides dans toute l'île de Montréal. J'ai déjà fait l'acquisition d'un camion trois tonnes à cet effet."
Samba, qui aspire par ailleurs à devenir courtier en douanes, vise à établir une connection entre l'Amérique, l'Afrique et l'Europe. La prochaine étape est l'ouverture d'un bureau de transit à Bamako, capitale du Mali. Y traînera-t-il son Pontiac ? |